Un soir, l’été dernier, si souviens-toi, allongée sur la table d’auscultation, la main posée sur un champ opératoire où coule un mince filet de sang depuis l’articulation de mon pouce. Je consulte le sosie du Dr. House, sans canne, pour la première fois.

— C’est profond docteur ?
— Et bien, regardez vous-même.
— Je n’ose pas. J’admire les bd sur vos murs.
— Moi non plus.
— Et si vous devez recoudre, vous le feriez comment ?
— En admirant les bd avec vous.
— Vous allez recoudre ?
— Bah, vu l’endroit, je vais poser des patchs…
— Yes !
— … Mais je peux me mettre à la couture si vous préférez.
— Non, non, c’est très bien les patchs, c’est super les patchs, j’aime les patchs. Les patchs, c’est le Bien.
— Justement, vous m'y faites penser: vous devriez arrêtez de fumer.
— Vous me l’avez déjà dit cinq fois docteur.
— Bon, quand vous reviendrez me montrer ça, vous aurez arrêté ?
— Mhrm.
— Vous savez, quand j’étais étudiant, je sortais avec une jolie fille, mais elle fumait…
— Ah, oh.
— Un jour, alors que nous nous promenions, je m’arrêtai devant une boutique de parfums. Je lui dis : « Tu aimerais que je t’en offre un ? » Elle me répondit : « Ah oui ! »
— Ho.
— Vous savez ce que je lui ai répondu ?
— Je m’attends au pire.
— Qu'elle pouvait toujours espérer parce que ça ne couvrirait même pas son odeur de cendrier.
— Rhooo. Vous êtes un vilain, vous.
— Et vous savez pourquoi la plupart des employeurs préfèrent ne pas engager de fumeurs ?
— Mais c’est une vraie croisade !
— J’ai presque fini votre pansement. Alors, vous savez ?
(…)

Finalement, je me suis décidée à diminuer fortement ma consommation de tabac pour la seconde fois dans ma vie jusqu’à être sur le point d’arrêter (2-3 cigarettes par jour). Et pour la seconde fois dans ma vie, je reprends la cigarette parce que je suis trop bouleversée par la mort d’un de mes chats.

J’appréhende le prochain essai. En attendant, j'éviterai de consulter chez ce médecin.