— Christina, haleta Jean-Marie, je t’en supplie… ne fais pas ça. Je t’en supplie. Pitié !

Immobile et muette, elle l’observait depuis l’embrasure des portes du placard. Le soir tombait et son ombre, dans l’obscurité, le dominait, inquiétante. Son regard était vide et ses yeux étaient secs. Il n’avait encore jamais vu pareille expression sur son joli et innocent minois. Hormis cette fameuse nuit où il l’avait quittée pour la deuxième fois afin de rejoindre Pauline en douce. Depuis le coin de la salle de bain où elle s'était accroupie pour compter méthodiquement ses cachets de somnifères, elle avait alors murmuré sans sanglot, ni colère : Je suis morte. J’ai disparu.

— Christina ? Réponds… Dis quelque chose. Je t’en supplie. Je… Pardonne-moi. Je… je suis désolé et si je…
— Qu’as-tu dis ? Le coupa-t-elle froidement.

Le regard de Christina s’était subitement illuminé telle une poupée dans laquelle on aurait rechargé une pile de 9 volts.

— Je… je suis désolé.
— Avant !
— Pardonne-moi ?

Pendant une dizaine de secondes, tout le corps de Christina fut parcouru de violents spasmes, hilares, puis elle s’interrompit net et lui lança le plus menaçant des regards qu’on ne lui avait jamais destiné.

— Tu en es incapable, petite merde !

Du sol froid où il gisait sur le flanc, nu et impuissant, la silhouette de la Mara sembla fondre sur lui.