Christina avait 9 ans et cet après-midi de printemps là, elle ne reçut pas de gifle. A la place, en guise de punition pour avoir abîmé le groseillier du jardin avec son ballon rose aux imprimés de Mickey Mouse, il lui ordonna de lui ramener fissa ses plus jolies poupées. Ce qu’elle fit, la gorge nouée et sachant que le sort qu’il leur réservait allait être bien plus terrible. Elle aurait préféré sa gifle. Plus franche, plus directe suivie de son habituelle mélodie monotone, l’acouphène.

Lorsqu’elle revint au salon, les jouets serrés contre son cœur, elle constata que son père s’était équipé du sécateur en son absence. Il lui dit « Donne ! » et elle obtempéra. Les bras tremblants, elle se concentra sur ce dernier contact avec elles, le tissu soyeux de leur robe et la douceur de leur chevelure tant soignée. Il hurla « Regarde ! ». Elle ne parvenait pas à détacher le regard de ses chaussures, elle ne voulait pas voir. Il hurla à nouveau « Regarde ! Je leur ferai ce que tu as fait à cette malheureuse plante ! ». Elle leva ses grands yeux bleus humides, le menton tremblant. Ne pas pleurer, ne surtout pas pleurer, ce ne sont que des poupées.

Il cracha « Regarde bien, regarde comment je vais leur trancher la tête ! Ca te plaît hein ?! ». « Non ! » ne pu-t-elle s’empêcher de crier de douleur. Il s’arrêta net, ses yeux injectés de sang semblaient gonfler, tout son visage s’était crispé dans un rictus bestial face à l’impertinence de l’enfant. Elle baissa alors à nouveau le regard et entama le rituel de la disparition. Lorsque mes orteils auront disparus, mes pieds disparaîtront avec eux, lorsque mes pieds auront disparus, je disparaîtrai avec eux. Et elle commença à contracter les orteils dans ses petites chaussures, de plus en plus fort. « Petite idiote, regarde maintenant, je vais trancher ! Regarde ce que tu leur fais ! Regarde ! » Elle leva des yeux à présent secs et vides. Et je disparaîtrai avec eux. Chlak ! Une tête roula sur la table et tomba au sol par petits rebonds sinistres.