Des bulles de liquide amniotique s’échappaient de ma bouche tandis que je l’ouvrais et la fermais, gourmande, afin de happer jusqu’à la dernière miette le goût de cet excellent saucisson sec qu’elle achetait chaque matin à la boucherie de Raymond. Soudain, elle cessa de mâcher et, d’un coup de pied impatient derrière le nombril, je lui priai de reprendre sa dégustation lorsque je captai une bribe de sa pensée. Aussi vive qu’une décharge électrique, celle-ci traversa placenta et cordon ombilical pour venir me frapper l’estomac de plein fouet : Bordel, qu’est-ce que je fous avec un connard pareil ?

Un mois plus tard, par un mardi caniculaire, mon entêtement à ne pas entamer ma descente en ce bas monde n’avait pas fini d’exaspérer l’équipe de la maternité. J’étais attendue depuis quinze jours déjà et malgré les contractions provoquées à ma mère, je m’accrochais à tout ce qu’il me restait d’authentique, derrière les entrailles maternelles. L’obstétricien se résolu à m’en sortir de force mais je ne pleurai pas, j’avais toute la vie devant moi pour cela. Je m’appliquai plutôt à uriner sur mon père, ce zéro.