L’insomnie ne tue pas le monstre, elle calme la colère. Les cigarettes n’ont plus de goût, elles nourrissent l’insomnie. Et le thé. Et la pensée. Qui tourne folle sur le phonographe de ma raison. Ca crisse, ça siffle, toujours, à chaque fois ça revient. Putain d’acouphène, putain de haine, putain de rengaine. Toujours la même chanson il me jouait : « Tu dois, mais tu ne seras pas. Tu dois, mais tu ne peux pas. Tu dois, mais tu l’auras. » Double contrainte, au bout de laquelle toujours elle : la gifle. Tu l’auras. Paf ! Sifflement. Je l’ai eue. Sur le sol, à genoux, sur le sol, sur le cul. Il faut que ça cesse m’étais-je dit, il faut que ça cesse lui ai-je dit. Mais lorsque la gifle a cessé, l’acouphène est resté et toujours la même rengaine et toujours sa haine et puis l’autre violence, celle en silence, puis celle du silence. Putain d’acouphène, faut que ça cesse toute cette haine. L’insomnie ne tue pas le monstre, elle me fait croire que j’ai eu un père.