Las, il s’affala dans le canapé et entreprit de s’allumer un dernier cigare. Ils venaient de passer la soirée dans un restaurant libanais en compagnie de beau monde. Pas de doute, ce soir encore il les avait impressionnés par son organisation et ses choix culinaires indiscutables.

— T’es gentille, tu me sers un whisky. Lui intima-t-il, indifférent.
— J’arrive, j’arrive ! Lança-t-elle, enjouée.

C’était une fort jolie jeune femme que la fin vingtaine rendait la chair tendre et mûre à la fois. Et pourtant, elle avait cet air candide qu’ont les petites écolières qui ne sont pas sages. Cette facette chez Christina avait le don particulier d’aiguiser son appétit, or, il lui arrivait bien souvent, comme en cet instant, de ne pas avoir la patience de la supporter s’agiter et batifoler comme une enfant. Manifestement, au vu de son ton léger et excité, elle préparait quelque chose mais il n’était pas d’humeur à jouer. Il soupira.

— Qu’est-ce que tu fous encore ?
— Hihi, mais j’arrive je te dis ! Holàlà, vieux grincheux va !

Elle apparut tel un fantasme dans l’embrasure de la porte du salon. Elle portait l’ensemble affriolant qu’il aimait tant lui arracher sauvagement des dents : porte-jarretelles, guêpière et talons aiguilles. A sa main droite, son verre de malt. Il resta de glace, cependant, dans ses yeux le reflet de la bête scintilla.

— Mh ? Alors ? Je te plais comme ça ?
— Encore faut-il que tu saches t’en servir. Cracha-t-il sèchement, le cigare entre les dents.
— Parce que tu en doutes, mh ?
— Tu le sais bien, tu n’es qu’une merde. Merci pour le whisky.

Elle s’installa à ses côtés, langoureusement, telle une chatte aux aguets. Intrigué, il bu une gorgée du vintage tout en l’épiant. Pourquoi semblait-elle si sûre d’elle ? Quelque chose avait changé mais il n’était pas encore capable de déterminer laquelle. Agacé, il avala encore du précieux liquide, il avait besoin de s’éclaircir les idées. Tandis qu’elle souriait, il sentit s’abattre sur lui la fatigue. Son sourire aux dents éclatantes n’était plus si innocent, que se passait-il ?

— Allez, laisse-toi aller. Miaula-t-elle, d’une voix maternelle qui le fit frissonner d’effroi.

Son petit minois de pisseuse se mit à danser, les murs à se tortiller tels des serpents groggys qui s’éveillent et le sol à tanguer. Les gestes rendus lents, il retira ses lunettes pour se masser les yeux mais à peine furent-elles posées sur la table basse qu’il se sentit partir avec cette unique et dernière pensée : « Salope ! »

A son réveil, des images floues et dansantes se précisèrent. Christina finissait d’embraser les dernières mèches des dizaines de bougies qu’elle avait disposées un peu partout dans la chambre. Ses derniers souvenirs avant de sombrer lui revinrent subitement avec l’effet d’une gifle et la colère le saisit tout entier. Il tenta de la prendre par surprise en se relevant brusquement, or il fut coupé sec dans son élan. Non forte de l’avoir drogué, voilà qu’à présent cette pauvre pute l’avait complètement déshabillé et attaché au lit ! Ses poignets et ses chevilles étaient solidement amarrés au sommier.

— Sale trainée, je te jure que tu vas regretter ça !
— Ho mais qui se réveille ? C’est mon petit Jean-Marie à moi ! Gazouilla-t-elle d’une innocence déconcertante.
— Détache-moi ! Et vite !
— Hihi, comment ça ? Quoi, tu ne veux pas jouer un peu avec moi ? Fit-elle, la bouche boudeuse et espiègle.
— Non ! Je ne veux pas jouer ! Détache-moi sinon ça va aller mal !

Avec la souplesse d’un fauve, elle se faufila sur le lit et rampa, très provocante, jusqu’à lui.

— Eh bien, eh bien, regarde dans quel état tu te mets pour si peu… Détend-toi mon amour, la nuit ne fait que commencer.
— Petite merde ! Je ne veux pas jouer, t’imprime ?
— Houu le vilain, tant de grossièretés pour mes chastes oreilles. Hihi, attention, la maitresse va te punir pour ton insolence !
— Tu me détaches illico sinon c’est moi qui vais…

D’un geste précis et radical, elle lui fourra un bâillon dans la bouche. Satisfaite, un sourire ingénu éclaira tout son visage puis, elle se releva et se tint debout sur le lit. Amusée, elle se rapprocha de lui tout en tanguant légèrement à chacun de ses pas qu’un talon assurait maladroitement. Elle rétablissait son équilibre par quelques mouvements délicats de bras telle une petite fille jouant sur un muret.

— Hihi ! Tu ne sais pas t’amuser mon amour. Tu sais quoi ? Tu as perdu ton âme d’enfant ! Mais ne t’inquiète pas, je suis là et avec moi, tu la retrouveras.

A présent, elle l’avait enjambé et se tenait au-dessus de lui, un pied relevé qui s’abattait, lent mais imprécis, vers tout ce qui faisait de lui un homme. Il constata qu’elle ne portait plus sa petite culotte.

— Hoo, tu te souviens de notre première nuit d’amour, hein, dis mon amour ?

La pointe du talon se rapprochait dangereusement de la surface de son scrotum. Il gémit et tenta encore de se débattre.

— Tu disais que tu voulais de moi au moins pour les dix années à venir…

La plante de l’escarpin s’appuya sur son pubis et le talon s’enfonça dans la peau élastique de ses bourses. Il soufflait de rage par le nez. Un testicule glissa doucement sur le côté.

— Ensuite, hihi, tu me disais que je t’appartenais… parce que tu…

Son talon farfouillait par petits mouvements circulaires son intimité. De la sueur se mit à suinter de ses tempes. Il n’osait plus faire un seul geste.

— M’avais fait pipi dessus !

Joignant le geste à la parole, elle pivota son bassin et laissa une cascade dorée déferler sur son torse, éclaboussant son visage écarlate de haine et… de peur. Elle rejeta la tête en arrière pour laisser s’échapper un rire tonitruant.

Ce fut le premier jour.