Et pourtant, difficile de ne pas bondir en le regardant s'évertuer à plaider son innocence dans le rôle de son propre avocat pour le meurtre de sa femme. Ensuite, nous pouvons bien vite nous rendre compte de ce qui motive les propos machistes de cet homme de très mauvaise foi (représentant celle de bien d'entre eux) et qui se présente comme un martyr, l'assassin qui devient victime: la peur. Celle-ci, il en parle en long et en large dans son dossier de presse, par ailleurs c'est celle-là même qui est sa principale muse et que nous retrouvons dans nombre de ses propos: Le grand problème du XXIe-siècle, ce n'est pas les guerres ou les famines, c'est l'évolution des femmes. Elle est beaucoup trop rapide.

Intriguée, je fouille un peu sur le Grand Ternet et je trouve ceci dans une interview où il s'explique:

Vous êtes souvent sans pitié avec les femmes, en saisissant leurs "travers". Vous jouez par ailleurs un titre appelé "Naïve et Pute". Que pensez-vous des féministes en 2007 ?

C.A. : En règle générale, le mouvement féministe m'agace, comme il agace beaucoup de femmes. Avec "Naïve et pute" nous avons voulu prendre le contre-pied de la bien pensance paritaire en vogue depuis quelques années. Les femmes et les hommes seront vraiment et naturellement égaux quand toute forme d'hypocrisie aura disparue entre eux. La chanson d'amour que nous avons écrite en est totalement dépourvue. Ce qui est le plus paradoxal (mais je le savais déjà avec le spectacle), c'est que bien souvent ce sont les hommes qui sont "Choqués" par les paroles, les femmes savent.

Derrière chaque grand homme se cache une femme... Christophe Alévêque, quel rôle joue votre épouse dans votre carrière ?

C.A. : Tout d'abord je ne me considère pas encore comme un grand homme, la route est longue… Par contre, je sais que ma femme a joué et joue toujours un rôle primordial dans mon métier. D'abord parce qu'elle me supporte au quotidien, ce qui n'est pas de tout repos. Ensuite, elle a toujours cru en moi plus que moi et elle a un tel recul par rapport à ce métier et par rapport à mon discours que je ne pourrais jamais me prendre au sérieux à la maison.

(Extraits des propos recueillis par Marlène Schiappa, Alévêque: eh, bien ! Chantez maintenant..., 16 novembre 2007.)

Et ceci dans une autre où il est interrogé par Florence Foresti:

Les gens se demandent si tu es aussi misogyne que certaines de tes répliques le laissent penser ?

Non, pas du tout. C’est juste un rôle pour provoquer la gent féminine. Et puis, c’est aussi un moyen de me moquer de ceux qui n’ont que le mot « parité » à la bouche et qui dans la vie ne font rien pour l’appliquer.

(Extrait des propos recueillis par Florence Foresti, Christophe Alévêque... par Florence Foresti, 6 mars 2006.)

Enfin, une dernière confirme ce que j'ai cru comprendre:

Quel est pour vous, la plus grosse aberration actuelle ?

"Les femmes (éclats de rire) ! J’en parle beaucoup dans le spectacle. C’est surtout la non-évolution des hommes par rapport aux femmes dont je parle. Mais la véritable aberration de cette époque, c’est de subir un système plutôt que de le diriger."

(Extrait des propos recueillis par Sophie Lagesse, Je ne suis pas cynique mais lucide, 7 décembre 2005.)

Voilà qui me convient parfaitement puisque c'est ainsi que j'interprète ses spectacles... Et non parce que je peux déculpabiliser de rire à gorge déployée lorsque je le vois sur scène mais bien pour le message qu'il tente de faire passer. Un sacré coup de pied dans la fourmilière de l'hypocrisie. Ma seule déception est l'autre interprétation, la rigide, celle qui ne prend aucun recul et que j'ai pu lire sur quelques forums ou blogs lors de mes recherches: ces biens pensants qui, comme le dit si bien Christophe Alévêque, n’ont que le mot « parité » à la bouche et qui dans la vie ne font rien pour l’appliquer.

Bref, bien que j'adhère facilement à ce qui choque (dans certaines limites bien entendu) parce que c'est une forme de communication "facile" qui ouvre le débat plus vite qu'une autre, je trouve son approche féministe intéressante. En ce sens qu'elle participe à casser cette image rigide qu'ont souvent le petit peuple des défenseurs des droits de la femme et de la parité; celle d'une femme sexiste, l'extrémiste vulgaire au possible et qui hurle hystériquement à toutes les manifs. Chose qui, en fin de compte, est totalement aberrante puisqu'être féministe, c'est avant tout être humaniste.

Mais aussi, parce qu’il parodie le phénomène des hommes qui se montrent machistes vis-à-vis de la femme et hostiles face au concept féministe, tout simplement parce qu’ils ont peur (à tort!) de ce qu’un changement paritaire impliquerait: leur masculinité?