Un pénis. Cette chose-là même qu’on lui avait dit ne pas avoir lorsqu’elle n’était encore qu’une petite fille parce que justement, elle était une petite fille. Et, qu’en lieu et place, elle avait une petite fente à bien laver parce que c’est par là que sortent les bébés. Une dépossession frustrante, telle est la sévère sentence de Dame Nature et qui, par dessus le marché, la fait saigner chaque mois pour lui rappeler à la mémoire son calvaire, la croix de sa pénitence vaginale.

C’est pourquoi, tout au long de sa vie, elle avait maudit être née fille sans ne jamais goûter aux avantages que le pénis pouvait offrir : faire pipi debout tout en faisant des dessins dans la neige et sans passer par les contraintes hygiéniques ou pratiques d’une lunette de toilette, accéder facilement à l’outil du plaisir sans les difficultés labyrinthiques des jeans et de la petite culotte, se la faire engloutir sans craindre une peau mal rasée ou une succion trop énergique, et puis surtout, pour une fois seulement, la lui mettre, bien profond et jouir de tout son saoul de cette domination phallique.

« Tant qu’à faire… » pensa-t-elle, « Je vais enfin pouvoir jouir plus facilement, les commandes bien en main ! » et elle s’attela aussitôt à la tâche. Or, bien qu’une douce vague de plaisir l’envahît peu à peu, elle se rendit très vite à l’évidence que malgré la prestance de l’objet, sa manipulation n’impliquait que peu de subtilités et ce, pour un plaisir moins fort et plus diffus.

Lui revint alors en mémoire que le clitoris, aussi peu présent à l’extérieur de la femme mais fort de ses 8 à 10 centimètres en elle, ne possède pas moins de 8.000 à 10.000 capteurs sensoriels tandis que le gland, ce grand dadais, n’en comprend que 3.000 à 4.000. « La belle arnaque ! » maugréa-t-elle, « Une formule 1 contre une charrue ! ».

C’est ainsi qu’elle voulut en finir le plus rapidement possible, laissant ses doigts délicats se promener le long de son corps en quête des puissantes commandes nitro: ses mamelons. Mais elle n’était pas arrivée au bout de ses mauvaises surprises ; ses petits seins ronds, fermes, doux et si sensibles n’étaient plus que deux pectoraux plats, secs, légèrement velus et… si peu réceptifs. Ce dernier constat affligeant lui arracha un cri que sa colère et sa tristesse hurlaient: « Rendez-moi mon clitoris ! »

Le corps en sueur et le poing rageur tendu vers quelque puissance divine par delà son plafonnier, elle ouvrit les yeux, surprise par ses hurlements. D’un bond, elle se précipita hors de son lit pour se ruer devant le miroir de la salle de bain où elle rencontra le reflet d’une femme, le sien, et dont le corps recelait un bien plus immense pouvoir qu’elle ne se l’était imaginé. Satisfaite de cette révélation onirique, elle prit place sur le siège de ses toilettes pour arroser cette victoire avec, pour la toute première fois, un sentiment de souveraineté.