Ainsi, le « Toi, tu » vient détrôner le « Moi, je » et se confère finalement une plus grande portée que ce dernier. En effet, ce style très familier a finalement une fonction phatique importante, en ce sens qu’il maintient en haleine celui qui lit de la même manière qu’un discours verbal. Exemple : « Aujourd’hui, je vais t’expliquer comment qu’il faut que tu sois maquillée si tu veux aller dans une soirée mondaine et passer pour une reine de la nuit. »

De plus, il me semble aller au-delà de ce que le « Moi, je » est capable de construire comme aura autour de celui qui écrit. Nous n’en sommes plus au stade de l’expression d’opinion mais bien d’une volonté de partage d’un avis ou d’une idée, dans l’espoir d’un retour ou de faire réagir l’interlocuteur et qui bien souvent, glisse dans un discours impératif, voire une dictée de conduite.

Fatalement, ce registre familier d’une part, rend le lien tissé avec le lecteur plus étroit, il sous-entend une appartenance à la même communauté. D’autre part, il augmente son degré d’implication, et ce, plus certainement au travers des injonctions aussi humoristiques puissent-elles être. Que vous appréciez ou non cette forme de langage, elle produit dans tous les cas un effet sur vous, personne n’y échappe. Par ailleurs, c’est sans aucun doute la raison de son succès dans les blogs de ces dames.

Enfin, arrive mon « mais ». Là où, selon moi, le bât blesse, c’est lorsque ce registre familier descend d’un niveau du langage pour nous plonger dans un autre qui m’est très pénible à lire, le registre populaire, argotique et vulgaire. Je vous rassure de suite, ou pas, j’aime la vulgarité mais de celles qui s’écrivent avec classe, parce que oui, il est possible d’inscrire une « bite », un « nichon » ou un « foutrebleu » élégamment, tout comme il en va de même en ce qui concerne certains néologismes et onomatopées.

Plus précisément, ce qui me brûle la rétine sont les erreurs du langage écrit qui outrepassent les limites de ma tolérance. A savoir un discours qui ne respecte plus les règles élémentaires de ponctuation, d’orthographe, de grammaire et de conjugaison, ou encore qui frôle celui qui est phonétique voire pire, le langage « sms ». C’est pourquoi, sur certains blogs, j’ai la sensation désagréable de lire un Skyblog pour adultes.

Aussi, un ton où le sarcasme est mal géré et qui en plus devient de plus en plus impératif jusqu’à signifier Si tu ne penses pas comme moi, tu n’es qu’une merde. De toute manière, t’en es une. Oui, je sais, moi aussi. Mais moi, j’assume., me fait immédiatement regretter d’avoir perdu mon temps sur le blog concerné. D’autant plus qu’en général, les auteures qui se permettent d’adopter une telle attitude ne sont pas à déplorer ; leurs blogs sont aussi vides d’intérêt que l’espace entre leurs deux oreilles.

Pour conclure, je vais illustrer mon propos par des extraits d’articles ou de blogs qui m’ont plu, parce que non, je ne suis pas chienne, enfin, pas ce soir, j’ai la migraine et parce que oui, je trouve plus intéressant de valoriser ce qui, à mes yeux, fonctionne.

PenséedeRonde nous fait part de ses conseils de maquillage dans son article T’es complètement nioude comme fille, publié sur Ladies Room:

Donc, le nioude, au départ, c’est assez easy comme concept rapport que c’est la négation du maquillage. Sauf que ça c’est valable que si t’es née dans les années 90 et qu’en plus niveau hormonal t’es méga gâtée ou bien que tu as bouffé ta ration de Roaccutane l’année dernière. Sinon, le nioude, je suis navrée de te l’annoncer, il va te demander d’y mettre un peu du tien.

En gros, si tu m’as bien comprise, l’idée, c’est d’avoir l’air pas maquillée et de ressembler à une jeune fille qui aurait à peine les joues rosies après une course au grand air. Je sais. Tu n’es pas la seule à ressembler à un boeuf agonisant après une course au grand air. (…)

Voilà, si tu as suivi mes conseils, a y’est, t’es toute nue du visage.
Et tu ressembles à Cruella. Ou à Julie Depardieu. (…)

Mais au fur et à mesure de la journée, le fond de teint, il finit par fondre comme le glacier des Grandes Jaurasses - tu connais pas les Grandes Jaurasses ? C’est pas grave, c’est une image - et il dégouline dans les petites rigoles que tu as sur ta figure à toi et communément appelées “rides d’expression”. Et à la fin de la journée, dès que tu souris, on voit plus que ça, ta fonte des neiges.


Plus libidineux, nous avons le blog Girly but Sexy, Le blog où le cul est roi : le nôtre bien sûr !. Voici un extrait mythique de son article consacré aux effets après sodomie (oui, mais non les petits, ici vous n’êtes pas sur « Scrapbook et tisane »), Sodomie du soir, repos des mâchoires :

C'est vrai, quoi, imagine que - ferme opposante au truc ou fervente adepte - tu te sois lancée dans un épisode de sexe anal. T'as tout bien prévu, t'es lubrifiée, t'es consentante, t'es open dans tous les sens du terme, et hop ! Le truc se passe, comment tu prends du plaisir ça c'est perso, je vais pas m'amuser à fouiner fictivement dans ton corps et ton esprit, un peu de respect tout de même, et puis voilà, bon, ta partie de baise se conclut. (…)

Alors j'aimerais, au risque de paraître brutale, donner quelques petits détails glamour : (…)

- Le sperme libéré par l'éjaculation se trouvera dans la même situation côté jardin que côté cour : soit il s'est déversé dans la capote, soit il a envahi le conduit d'accueil : dans ce dernier cas, il s'écoulera. Peut-être pas tout de suite, mais peut-être pas au moment où on aimerait. Tout le monde me suit ? Tout le monde me suit. C'est bien.