Je vous explique. C’est très simple. Où que je pose mes valises, il y vit au moins un voisin chiant, c’est le minimum syndical. Celle-ci, parce qu’elle a semble-t-il un vagin et non un pénis, voyez-vous, « écoute » TF1 et je me demande, vraiment, dans quelles mesures, -bon dieu oui, qu’ai-je donc fait de si grave ? Étais-je un nazi dans une vie antérieure et qui tuait les petits enfants ?- pour mériter pareil traitement. TF1, parfaitement. A vollenbak jusque deux heures du matin.

Un soir de la semaine passée, tandis que je tentais désespérément de me concentrer sur mes colonnes de budget dans Excel, je n’en puis plus et je me levai. J’étais presque décidée. Oui. Je fis les cent pas dans mon salon, puis dans mon hall, j’enfilai mes baskets et continuai sur mille pas dans le couloir. Les terribles incantations semblaient provenir de l’étage du dessus.

Ainsi, je rassemblai tout mon savoir-vivre en lui priant de rester fort dans l’adversité et m’enquis d’aller sonner chez ce malotru, ce télé-poubelle-zombifié, à partir du tableau d’appel à l’entrée du couloir de son étage. Ceux-ci étant sécurisés, je n’y ai pas accès et je dus compter sur mon pas génie du tout architecte pour déduire l’emplacement de sa sonnette en fonction de son appartement. A la première tentative, jackpot. Une sud-américaine à la grosse voix me répondit mollement, derrière elle une télé-poubelle hurlait :

— Mwallo ?
— Oui, bonsoir madame, je suis votre voisine directe du dessous. Pouvez-vous baisser votre télévision je vous prie, parce que là, ça va v-r-a-i-m-e-n-t fort. Merci bien.
— C’est pas chez moi.
— (savoir-vivre, savoir-vivre, savoir-vivre) Ah ? Ho, oui, ben voyons. Et vous auriez une petite idée de chez qui ça vient ?
— Je sais pas, c’est un autre voisin.
— D’accord, mh, oui. En ce cas, pouvez-vous m’ouvrir, parce que voyez-vous je ne peux pas non plus sonner au hasard chez tout le monde et surtout à cette heure, il est quand même déjà minuit passé hein !
— J’vous connais pas, je vous ouvre pas. Clac.

Sur le coup, j’eus l’affreuse envie de jouer le French Cancan au moyen de sa sonnette. Ma main se tendit puis je me ravisai, me sentant à la limite du dérapage : « Il ne faut, non, je suis dans mon bon droit, je dois y rester mais elle payera, ho oui. » Je me retournai et interprétai alors la chose sur le bouton d’ascenseur. Qui ne vint pas de suite, histoire d’en rajouter une couche.

Il s’agit donc d’une femme. Une femme qui voici quelques mois se réveillait encore chaque matin à 5 heures pour galoper dans tout son appartement munie de chaussures à talons. J’imaginais souvent le carrelage se fêler au passage de son pas hippopotamesque. Une femme qui chaque nuit encore, se lève pour faire ces horribles choses dans son cabinet qui résonnent avec une incroyable férocité et dignes des hurlements d’un éléphant en rut. Elle expulse ses gaz avec une telle puissance que j’espère un jour l’entendre décoller de la lunette pour se fracasser le crâne au plafond. Pour preuve, la première nuit où mon amoureux fut réveillé par la chose, il m’avait demandé s’il s’agissait d’un avion. Et celle-là même qui chaque dimanche matin encore, à 7h précisément, ouvre le bal des festivités du ménage en traînant longuement et lourdement ses meubles contre le carrelage. Juste au-dessus de mon lit. Oui.

A nouveau dans mon appartement, je constatai qu’elle n’avait même pas daigné baisser le son. Mes mains se crochèrent. Or, je ne fis rien, parce que voyez-vous, lorsque je me retrouve dans cet état là, mieux vaut ne rien faire.

Depuis, rien n’a changé. Jusque deux heures chaque nuit, TF1 à fond. C’est inhumain. TF1 rend les gens mauvais, j’en suis sûre. TF1, c’est un appel à la haine. Parfaitement. Et là, je vous le demande, chers lecteurs pas encore là, que faire ? Oui, parce que là, impossible de dormir, sa télé est toujours à fond… ah attendez, voilà la page publicité de 25 minutes. J’y vais ?

Hein ? Dites, vraiment ?

Ho, attendez, elle se lève. Bon, ok, nous allons faire ainsi : je lui octroie un délai de cinq minutes.

C’est long, cinq minutes.

Alléluia, télé éteinte après 4 minutes. C’est incroyable. Parce que bon, mes mains crochues, j’en fais quoi maintenant ?