Sur place, j’hésite pour la marque, la gamme, le goût… Tant de choix alors qu'en temps normal je les achète chez leur vétérinaire, c’est que madame est sous régime médical spécial à 50 euros les 5 kilos. J’opte donc pour une dépanne basique de quelques jours puis, j’entreprends d’en profiter pour moi… mais je ne sais pas quoi choisir.

Et puis, quelle est donc cette pulsion d’achat alors qu’il me fallait juste des croquettes ? Voyons, ne cherchons pas plus loin que ce qu’enseigne le Kotler, la fameuse bible marketing que j’ai dû ingurgiter de force voici quelques années… Toutefois, je cède quand même en finissant par trouver le truc qui me manquait : de la soupe chinoise. Oui, parfaitement, l’excuse s’argumente, j’ai envie de légumes et puis, je n’en trouve jamais là où je fais habituellement mes grandes courses pour la semaine.

J’arpente donc les rayons en me laissant tenter au passage par une lasagne et du pudding, mais en réclame et pas de n’importe quelle marque, parce que je boycotte moi : trop d’emballages ? Et l’écologie ! Une marque chapeautée par une organisation de bandits multinationale à l’éthique douteuse ? Et la mienne, d’éthique ! Slogan médico-esthético-miraculo douteux ? Et ta sœur !

Enfin arrivée au rayon soupes, j’enclenche mon moteur de recherches avec affinités allergie, prix, écologie, éthique. Cependant, un autre continue de tourner, alimenté sans cesse par ce que je vois au-delà du packaging : l’image de ce que nous sommes devenus, nous les habitants des pays riches et soi-disant développés, ces bons occidentaux surconsommateurs, gras et polluants.

Cela dit, gras, pas toujours ; une jolie brune, svelte, le menton haut et fier, vient de faire son entrée dans le rayon. Perchée sur ses talons et élégamment vêtue de toutes ces choses que la mode a estimées séduisantes pour la femme actuelle, elle pousse sa petite charrette avec une grâce majestueuse qui finira par se faire étaler sur ce décor factice et trompeur : elle vient de lâcher un très gros pet.

Figée, les fesses à présent serrées, elle me regarde comme un chien qui chie surpris par un camion. Je réprime tout d’abord un sourire, ensuite l’envie de lui dire qu’elle vient de ponctuer ma pensée. Parce qu’au fond, nous avons beau entretenir nos apparences au yaourt par injections, notre consumérisme demeure indigeste.

Finalement, je me contente de faire demi-tour pour me rendre à la caisse, payer mes achats et rentrer nourrir mes authentiques colocataires. Ce soir, je préfère leur compagnie, j'ai mes règles.