Cela se vérifie en grande partie, par ailleurs, je me remémore sans peine mon état d’esprit lorsque j’étais petite, face à une dalle du trottoir qui se présentait mal : « Je vais l’éviter, je vais l’éviter. » Pour finalement, me prendre lamentablement les pieds dans celle-ci et flirter avec le béton. Ma mère ne franchissait jamais le seuil de la maison en ma compagnie sans son nécessaire médical : désinfectant, pansements et ciseaux, le minimum syndical. Je la revois encore, la pauvre, passer ses longues soirées d’hiver à repriser mes pantalons, bas de laine et manches de pull.

Or, le phénomène peut commencer bien plus en hauteur avant de s’arrêter au sol. J’ai, en effet, un curieux problème avec les vitrines : je fonce dedans. Lorsque je me penche pour mieux observer un article derrière celle d’un magasin, il est très rare que je ne m’y cogne pas la tête, ensuite, il me faut assumer les regards étonnés.

Tenez, j’ai toujours ce souvenir qu’à 5 ans, en allant voir mon petit cousin en couveuse à l’hôpital, je me suis pris de plein fouet celle de la cafétéria, je courais. J’étais encore au sol, assommée, quand ma mère et ma tante, penchées sur moi, n’ont pu exprimer qu’un « Mais enfin, Sihaya... ».

Aujourd’hui, peu de choses ont changées, j’ai inévitablement en permanence un minimum d’ecchymoses sur les jambes ou le corps, stigmates de quelques incidents diplomatiques avec meubles, portes ou sols.

En revanche, là où la théorie de l’équilibre de l’oreille interne se vérifie moins, c’est dans les manipulations manuelles où j’ai toujours excellé (je vous vois venir). A défaut de pouvoir garder mon équilibre sur mes jambes, j’ai développé une certaine dextérité aux mains. Malheureusement, je l’ai perdue pour partie, une histoire de canal carpien qui pourrait s’arranger paraît-il. Toutefois, cela ne m’empêche pas de mitrailler le clavier à du 100 à l’heure ni de défaire d’inextricables nœuds du collier des copines.

Nous arrivons donc au principal problème, ma distraction, ou, si vous préférez, ma blondeur. Nous y voilà. A l’époque, j’ai passé une bonne année dans un laboratoire de chimie à pratiquer des manipulations très délicates au risque d’envoyer dans le feu ou l’acide quelques heures de besogne, ou encore de faire exploser tout mon espace de travail. Les règles de sécurité y étaient très strictes et un assistant tyrannique veillait au grain en ne manquant jamais de nous rappeler à la rigueur, hurlant comme un âne, afin de nous la faire entrer dans le crâne de manière indélébile.

Ou presque. Mettez-moi dans une cuisine et préparez le numéro des urgences. Oui, j’y viens. Non, je ne carbonise pas encore l’extérieur des steaks dont la chair est demeurée congelée. Non, je ne dispose pas mes casseroles avec le manche vers l’extérieur. Je pense à tout ça. Ou presque. En toute honnêteté, cuisiner n’est vraiment pas ma tasse de thé. Pour preuve, c’est justement en me préparant un thé que la catastrophe est survenue. Pour la seconde fois, mais la bonne, on ne m’y reprendra plus, enfin, je l’espère.

(La suite dans ce billet: La grande blonde avec une main brûlée)