Ses critiques infondées à l'égard de la chaîne publique francophone ont été émises suite à la diffusion de l'émission Questions à la Une, ce mercredi dernier, sur les coulisses des négociations gouvernementales. Au cours de ce reportage, Joëlle Milquet, présidente du CDH, déclarait que les négociations et l'organisation de celles-ci se déroulaient de manière trop chaotique.

M. Leterme n'a jamais regardé ce reportage, il s'est fait l'interprète de ce qu'il entendait dans les sphères politiques prétend son porte-parole. Pire encore, il agrémentera le tout en qualifiant la RTBF de chaîne de propagande de Joëlle Milquet.

Pour ma part, cette émission, je l'ai suivie du début à la fin et je peux affirmer ceci: personne n'a été épargné par l'œil indiscret des deux journalistes, Fréderic Gersdorff et Sacha Daout, qui, non sans ironie, ont radiographié l'égocentrisme démesuré de M. Reynders, président du MR, les cornes du diablotin M. Di Rupo, président du PS, l'infinie maladresse d'une Mme. Milquet très anxieuse, présidente du CDH, l'éternelle ombre d'un M. Leterme, peu sûr de lui, complètement désorganisé et investi de la mission impossible d'échapper aux journalistes, les sarcasmes de quelques Ecolo patientant calmement autour d'une tasse de café, ainsi qu'une Belgique prise en otage.

La plupart des réactions aux déclarations de M. Leterme sont indignées et fusent de toute part, des sphères politiques à la presse, ainsi que du côté des citoyens belges francophones et néerlandophones. Selon une journaliste de Le Soir, Colette Braeckman, un de ses « ex-futurs partenaires » a réagi à cette ignominie de manière décisive : soit il ne sait pas de quoi il parle, et c’est grave, soit il le sait, et c’est pire. Celle-ci conclura son article, Flash back sur la radio qui tue, en définissant les propos tenus par M. Leterme dans leur justesse:

Oser comparer une radio de service public, démocratique et pluraliste, à RTLM, la radio qui tue, n’est pas seulement une injure, un écart de langage parmi d’autres, ou une banalisation de l’un des instruments du génocide : c’est une ignominie qui disqualifie moralement son auteur, qu’il s’agisse d’un propos délibéré ou d’un acte manqué dicté par un inconscient perturbé…

(Colette Braeckman, Flash back sur la radio qui tue, Le Soir en ligne)

Toutefois, dans un premier temps, la RTBF fait preuve d'humilité, ou plutôt, donne une chance à Yves Leterme de revenir sur ses propos qu'elle juge inacceptables, alors qu'elle pourrait porter plainte. En effet, l'administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, déclarera: C'est pour privilégier cette liberté et cette indépendance que la RTBF souhaite avoir au plus vite un dialogue franc et constructif avec Yves Leterme, et ce dans un souci de compréhension, de respect et de dialogue entre nos Communautés. L'intéressé a, aux dires de son porte-parole, accepté l'invitation au dialogue...

De toutes les réactions lues et entendues, il y en a une qui a tout spécialement retenu mon attention. Elle est celle que j'attendais: franche, qui invite à une profonde réflexion sur la crise gouvernementale que traverse actuellement la Belgique et où il n'est plus question d'usage de la langue de bois, ni de pudeur, à l'instar de certains politiciens et journalistes, hypocrisies ou retenues qui n'ont pas leur place dans une réponse à de tels propos insultant non seulement la liberté d'expression mais aussi les victimes du génocide rwandais:

Flagrant délit d’Irresponsabilité politique

BEATRICE DELVAUX
dimanche 09 décembre 2007, 23:02
rédactrice en chef

Il est infiniment regrettable qu’Yves Leterme ne se soit pas excusé auprès de la RTBF et des démocrates francophones pour son allusion indigne à « Radio Mille Collines ». La lâche explication du « Je ne fais que répéter ce qu’un ministre d’Etat m’a dit » ajoute au manque de grandeur. Yves Leterme a tout simplement commis une faute en validant l’idée qu’une radio-télé démocratique de service public inciterait au génocide. Cette banalisation est un signe d’irresponsabilité politique. Elle est disqualifiante pour une personne appelée à remplir les plus hautes fonctions du pays.

La RTBF serait subjective à son égard ? La presse bruxelloise diaboliserait celui qui a gagné les élections ? Nous, médias, ne revendiquons pas le brevet de la perfection. Si des erreurs sont commises, des outrances proférées – c’est sans doute arrivé –, nous sommes prêts à entendre et s’il échet, à nous en excuser.

Mais Monsieur Leterme a la lecture sélective, la susceptibilité à sens unique et ne s’interroge guère depuis des mois pour comprendre ce qui, côté francophone, sans diabolisation, donne à penser qu’il ne serait pas le Premier ministre de tous les Belges, que son parti souhaite réduire le rôle de l’Etat fédéral à pas grand-chose et qu’une partie du monde flamand opterait illico pour le séparatisme, s’il n’y avait Bruxelles. Trop facile de jouer aux victimes et de laisser penser que « Bye Bye Belgium » a créé cette psychose séparatiste. Dans le climat parano du moment, oserions-nous réécrire que ce sont une série d’éléments concrets, souvent signés d’un cartel ambigu, de la N-VA ou de Leterme-la-Gaffe qui ont plongé les francophones dans ces interrogations et craintes réelles ? Le dernier bon mot de Bart De Wever au Monde – « La Belgique, toit superflu entre l’Europe et la Flandre » – est ainsi du genre à entretenir le doute.

Il y a quelques mois, face à ce fossé Flamand-francophones, Le Soir et De Standaard ont effectué une enquête commune. Cet échange d’idées et de journalistes perdure dans le respect et le plaisir, en dépit de la crise et de nos divergences d’opinions. Un processus de résilience, dirait Boris Cyrulnik. Hautement recommandé, Monsieur Leterme.

(Béatrice Delvaux, Flagrant délit d'Irresponsabilité politique, Le Soir en ligne)

Et enfin, si Questions à la Une fut le moyen de faire sortir le loup du bois une bonne fois, je leur en suis très reconnaissante.

A voir, à lire: