Dans d'autres temps reculés, j'aurais été bénie de ma tribu. En effet, dans la plupart des sociétés primitives, où la virginité était considérée avec mépris, parce que c'était une preuve d'impopularité, un acte de défloration rituelle était pratiqué. Les jeunes filles ne pouvaient trouver de mari tant qu'elles restaient vierges: verser le sang d'un membre de la tribu étant interdit par un tabou[1].

A l'inverse, dans les cultures plus récentes, surtout celles où la religion dominante associe le sexe à l'animalité et au péché (par exemple, les trois grandes religions du Livre), j'aurais probablement été répudiée par mon futur mari, ou celui-ci m'aurait "acceptée" pour épouse avec pour lourde contrepartie, son regard chargé d'accusations ad vitam eternam. Sans compter le déshonneur aux yeux de ma famille, une vie brisée par la honte sans jamais connaître un épanouissement sexuel, ou encore, la quête aux méandres hypocrites d'une réfection d'hymen[2], voire pire, mon propre gynécide[3].

Le mythe de la virginité et de l'hymen, bien qu'ils soient des concepts aussi anciens que la société humaine, n'ont pas fini de faire des ravages, et ce, d'autant plus qu'au sein d'une même culture ou religion, sa définition n'est pas clairement définie aux yeux de tous:

(...) En réalité, il n’existe aucune définition acceptable et sans faille... L’hymen peut rester intact même en cas de pratiques sexuelles non pénétratives ou pénétratives hors du vagin comme la pénétration anale ou le sexe oral. Dans ce cas, l’hymen intact ne garantit ni la pureté ni l’innocence ni l’absence d’activité sexuelle.

(...) La définition actuelle de la virginité en occident est un ensemble de critères inhomogènes, contradictoires et personnels. Les églises américaines ont déplace le sens chasteté vers virginité, on parle de filles vierges, et des garçons vierges aussi. On peut même parler de deuxième virginité, dans le sens de la virginité comme attribut spirituel, une femme peut être une vierge plus qu'une fois dans sa vie, une adolescente essaie le rapport sexuel une fois et se rend compte elle n'était pas vraiment prête, elle évite la sexualité en disant qu’elle est à nouveau vierge car du point de vue émotif, elle se considère vierge.

En occident, les trois termes : abstinence, chasteté et virginité dérivent plus ou moins vers le même sens, traçant ainsi des profondes modifications dans nos échelles de valeurs. La virginité n’est plus imposée mais choisie, n’est plus religieuse mais émotionnelle.

(Vierge et virginité : définitions, Réseau informations médicales en sexologie)

Hymen et virginité

On désigne par défloration ou dépucelage la première pénétration d'une verge dans un vagin; si cette pénétration y déchire normalement l'hymen, sa présence ou son absence ne prouve formellement ni la virginité ni l'activité sexuelle de la femme.

D'une part, l'hymen est souvent déchiré pendant l'enfance dans le cours des activités physiques ordinaires, comme faire de la bicyclette, de la gymnastique, de l'équitation ou même quelquefois tomber d'une mauvaise manière. Il peut également arriver que l'hymen soit rompu par l'utilisation d'un tampon hygiénique. Certaines femmes naissent même sans hymen.

D'autre part, certaines femmes peuvent avoir une pénétration par un pénis sans même que l'hymen ne soit déchiré (hymen complaisant).

Pour toutes ces raisons, l'hymen ne doit donc pas être considéré comme le garant de la virginité d'une femme. Il peut d'ailleurs être restauré chirurgicalement pour feindre la virginité (réfection de l'hymen).

(Hymen, Wikipédia)

Or, fort heureusement, j'ai choisi d'être libre et j'ai également eu la chance de naître dans une famille où la virginité importe peu.

[1] Sources: Will Durant, Histoire de la civilisation, I, chap. 4. p. 85.

[2] La réfection de l'hymen est la reconstruction chirurgicale de celui-ci pour feindre la virginité.

[3] Sources: Hugues Dorzée, Vierge à tout prix, preuve à l'appui, Le Soir, mercredi 14 novembre 2007.

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