Le miroir improvisé me renvoie l'image nébuleuse d'un visage allongé aux traits fins, au teint tanné et à la bouche boudeuse, où s'écarquillent deux immenses yeux obscurs et que cerclent de longs cheveux sombres et bouclés. Sihaya. Ses mains sont grandes et filiformes, ses articulations longues et délicates, sa silhouette longiligne et svelte. Elle, c'est la fille du désert, celle que l'on ne peut entrapercevoir que dans la furtivité d'une ombre. Et pourtant, ses pieds ne foulent pas le sable mais le sol humide d'une ville grise et froide, la peau claire, le regard bleu intense et la chevelure châtain blond.

Sihaya est cette partie de moi secrètement métissée par le caprice d'un génotype chargé d'alliances ethniques. Elle est celle qui surprend lorsqu'elle est révélée aux oreilles de convives lors de dîners, à l'instar d'autres facettes de ma personne, plus évidentes pour les unes et plus réservées pour les autres.

La station en vue, je presse le bouton d'arrêt et me dirige vers les portes. L'engin fait enfin halte et j'entame la descente des marches pour glisser sur la bordure du trottoir et dans un, ma foi ridicule, moulinet de bras par manquer de peu l'incident diplomatique avec le bitume. Vous venez de faire connaissance avec moi.